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Continuité d'activité informatique : sécuriser le courant

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Continuité d'activité informatique : sécuriser le courant

La continuité d’activité informatique regroupe les dispositions qui maintiennent un système d’information disponible pendant un incident. Elle couvre les sauvegardes, la redondance des serveurs, les procédures de crise et l’alimentation en énergie. Ce dernier maillon reste le plus négligé, alors qu’il concentre la première cause d’arrêt des salles machines.

Les équipes sécurité passent des semaines sur le chiffrement, les droits d’accès et la détection d’intrusion. Le tableau électrique du local technique, lui, n’apparaît dans aucun tableau de bord. Un transformateur vieillissant arrête pourtant un service métier aussi sûrement qu’un rançongiciel.

Ce que recouvre vraiment la continuité d’activité informatique

La continuité d’activité ne se résume pas à une sauvegarde nocturne. Elle se mesure par deux indicateurs contractuels : la durée maximale d’interruption admissible et la quantité de données que vous acceptez de perdre. Ces deux valeurs, les RTO et RPO, dictent l’architecture technique et le budget.

Un RTO de quatre heures autorise une restauration depuis une bande. Un RTO de quinze minutes impose une réplication synchrone sur un second site, avec une bascule automatique testée. Le coût varie d’un facteur dix entre les deux scénarios, ce qui explique pourquoi la définition de ces seuils appartient à la direction générale et non au service informatique.

Le contexte reste tendu. L’ANSSI indique, dans son Panorama de la cybermenace 2025, avoir traité 3 586 événements de sécurité sur l’année, en baisse de 18 % sur un an, et avoir été informée de 1 366 incidents, un volume stable par rapport aux 1 361 de 2024. Derrière ces chiffres, la disponibilité constitue l’objectif le plus fréquemment visé par les attaquants, comme le rappelle notre analyse des trois principes fondamentaux de la cybersécurité.

L’énergie, première cause de panne des salles machines

Les statistiques du secteur sont sans appel. Selon l’Annual Outage Analysis 2025 de l’Uptime Institute, l’énergie demeure la première cause des pannes à fort impact et représente 45 % des incidents recensés, le plus souvent à cause des onduleurs. Aucune autre famille de causes n’atteint ce niveau : les défaillances informatiques et réseau pèsent 23 % des pannes marquantes.

Ce classement dérange, parce qu’il déplace le centre de gravité du risque. Un système d’information correctement patché, segmenté et sauvegardé tombe quand même si la chaîne d’alimentation lâche. Le même rapport note que la part des pannes liées à l’erreur humaine par non-respect des procédures a progressé de dix points par rapport à 2024, ce qui pointe l’exploitation autant que le matériel.

Trois familles de défaillances reviennent sur le terrain :

  • Onduleur épuisé : batteries jamais remplacées, autonomie réelle inférieure à la valeur théorique.
  • Bascule manquée : le groupe électrogène démarre mais ne reprend pas la charge faute d’essai périodique.
  • Amont négligé : poste de livraison, transformateur et jeu de barres entretenus au coup par coup.

Faisceau de câbles électriques peignés sur un chemin de câbles métallique

La chaîne électrique qui alimente vos serveurs

Remontez le courant depuis une baie de serveurs et vous traversez cinq équipements avant d’atteindre le réseau public. La prise, le tableau divisionnaire, l’onduleur, le tableau général basse tension, puis le poste de livraison haute tension avec son transformateur. Une défaillance sur n’importe lequel de ces cinq points produit le même résultat côté métier : un service indisponible.

La partie haute tension obéit à un corpus normatif spécifique. La norme NF C 13-200, homologuée en septembre 2009, fixe les règles applicables aux installations à haute tension des sites industriels, tertiaires et agricoles, pour des tensions nominales supérieures à 1 000 volts et jusqu’à 245 kilovolts. Conception, protection contre les surintensités et les surtensions, sécurité d’exploitation : le texte encadre l’ensemble du cycle de vie.

Cette partie amont ne relève ni de l’équipe informatique ni du service généraux improvisé. Elle appelle une maintenance haute tension confiée à des intervenants habilités, capables de diagnostiquer un transformateur, de contrôler un poste préfabriqué et d’intervenir en urgence sur un défaut d’isolement. Le contrat de maintenance doit préciser le délai d’intervention garanti, car ce délai devient mécaniquement le plancher de votre RTO le jour où le poste tombe.

Un détail change tout dans les faits : la qualité de la documentation. Un schéma unifilaire à jour, la liste des protections et les rapports de thermographie des dernières campagnes réduisent le temps de diagnostic de plusieurs heures. Sans ces pièces, l’intervenant redécouvre l’installation pendant la panne.

Ce que NIS2 et l’ISO 27001 exigent sur la disponibilité

La directive NIS2 a fait basculer la continuité du registre des bonnes pratiques vers celui de l’obligation légale. Son article 21 liste dix mesures de gestion des risques, parmi lesquelles la continuité des activités, la gestion des sauvegardes, la reprise après sinistre et la gestion de crise. Selon l’ANSSI, plus de 15 000 entités françaises entrent dans le périmètre, réparties entre entités essentielles et entités importantes.

La norme ISO/IEC 27001 version 2022 va plus loin dans le détail matériel. Sa mesure 7.11 de l’annexe A, intitulée « services généraux », vise explicitement à protéger les moyens de traitement de l’information contre les coupures d’électricité et les défaillances des autres services support : télécommunications, eau, gaz, ventilation et climatisation. Le texte demande de suivre les instructions du fabricant pour la configuration et la maintenance des équipements qui pilotent ces services, de placer les coupures d’urgence à proximité des issues de secours et de prévoir des voies d’alimentation alternatives.

Un auditeur qui vient certifier un système de management de la sécurité de l’information ouvre donc le local technique. Il demande les rapports de vérification, les bons d’intervention et les comptes rendus d’essai du groupe. Une entreprise qui traite ce volet à la légère collecte une non-conformité, quel que soit le niveau de son pare-feu. Les dirigeants de PME sous-estiment souvent cette exigence, comme le montrent les arbitrages budgétaires décrits dans notre dossier sur la cybersécurité des PME.

Bâtiment technique en béton clair au fond d’une cour d’entreprise au petit matin

Les vérifications électriques imposées par le Code du travail

Le droit français impose un rythme précis, indépendamment de toute démarche de certification. L’article R4226-16 du Code du travail fixe la périodicité des vérifications des installations électriques à un an, avec pour point de départ la date de la vérification initiale. Le chef d’établissement peut porter cet intervalle à deux ans si le rapport précédent ne comporte aucune observation, ou s’il a fait réaliser les travaux de mise en conformité avant l’échéance.

La vérification revient soit à un organisme accrédité, soit à une personne qualifiée appartenant à l’entreprise, dont la compétence s’apprécie selon des critères fixés par arrêté ministériel. Le rapport produit n’est pas un document de classement : chaque observation ouvre un plan d’action daté.

L’intervention elle-même suppose une habilitation électrique. Obligatoire depuis juillet 2011, encadrée par la norme NF C 18-510, elle constitue une autorisation délivrée par l’employeur après formation, pour toute personne travaillant sur ou à proximité d’installations basse ou haute tension. Les habilitations se revoient chaque année, avec un recyclage recommandé tous les trois ans. Confier une manœuvre haute tension à un technicien informatique non habilité expose l’employeur pénalement, en plus du risque vital.

Bâtir un PCA qui descend jusqu’au tableau électrique

Un plan de continuité crédible relie explicitement les services métier aux équipements physiques qui les portent. La démarche tient en cinq étapes, dans cet ordre :

  1. Cartographier les processus métier critiques et leur fixer un RTO et un RPO validés par la direction.
  2. Tracer la dépendance de chaque processus jusqu’aux baies, aux onduleurs et au tableau général basse tension.
  3. Contractualiser la maintenance de chaque maillon, avec un délai d’intervention aligné sur le RTO le plus court.
  4. Programmer les essais : bascule sur groupe en charge réelle, décharge d’onduleur, restauration complète depuis sauvegarde.
  5. Rejouer un scénario de crise complet au moins une fois par an, avec les astreintes et la chaîne d’alerte réelles.

Les tests réels distinguent un plan vivant d’un document mort. Une bascule simulée sur tableur ne révèle jamais la batterie de démarrage à plat du groupe, ni le disjoncteur qui ne se réarme pas. Programmez ces essais hors période de clôture comptable et prévenez les métiers.

Mains gantées de cuir enroulant un câble souple dans un local technique

Les angles morts qui font tomber un PCA le jour J

Certaines défaillances reviennent avec une régularité frappante lors des retours d’expérience. La première tient au périmètre : le plan couvre le datacenter principal et oublie le local technique du siège où transitent la téléphonie et le contrôle d’accès. La seconde tient aux personnes, avec des astreintes documentées sur un annuaire obsolète.

La troisième relève de la gouvernance. Le contrat de maintenance électrique se négocie au service achats sur le seul critère du prix, sans que le délai d’intervention garanti ne soit confronté aux engagements de service pris auprès des clients. Le jour de la panne, l’écart apparaît en pleine lumière.

Dernier angle mort, plus insidieux : la culture. Un exploitant qui contourne une procédure de consignation pour gagner trente minutes crée le même type de risque qu’un salarié qui clique sur une pièce jointe piégée. Les deux comportements se traitent par la même méthode, celle décrite dans notre article sur la sensibilisation à la cybersécurité en entreprise, et le vocabulaire commun de la disponibilité aide à faire dialoguer les équipes informatiques et les services techniques.

Prochaine étape concrète : sortez le dernier rapport de vérification électrique, repérez les observations non soldées et confrontez le délai d’intervention de votre contrat de maintenance au RTO annoncé à vos métiers. Ce rapprochement prend une demi-journée et révèle presque toujours un écart à corriger, comme le montrent les diagnostics présentés dans notre panorama de la sécurité informatique en entreprise.