Mise à jour logiciel : pourquoi ne pas la repousser

Une mise à jour logiciel corrige d’abord des failles de sécurité, puis des bugs, et ajoute parfois des fonctions. La repousser laisse ouverte une porte que l’éditeur vient lui-même de signaler. Activez les mises à jour automatiques sur l’ordinateur, le téléphone, le navigateur et les applications, redémarrez quand l’appareil le demande et sauvegardez avant une version majeure.
Ce que corrige une mise à jour logiciel, et ce qu’elle ajoute
Dans sa fiche « Pourquoi et comment bien gérer ses mises à jour ? », Cybermalveillance.gouv.fr distingue deux familles. Les mises à jour importantes ou critiques corrigent des failles qui pourraient servir à pirater votre équipement. Les mises à jour de version apportent en général des fonctions nouvelles, et corrigent elles aussi des failles au passage.
Dans les faits, un même paquet mêle souvent quatre types de changements :
- la sécurité : des correctifs qui bouchent une vulnérabilité exploitable à distance ou par un fichier piégé ;
- les bugs : une application qui se ferme seule, une batterie qui fond, une imprimante soudain ignorée ;
- la compatibilité avec un format de fichier récent, un site ou un nouvel accessoire ;
- les nouveautés visibles : réglages inédits, interface retouchée, outils ajoutés.
Le premier point dicte le calendrier. Une interface retouchée peut attendre un dimanche calme, les correctifs de sécurité beaucoup moins, d’autant que les mises à jour de version en embarquent aussi. Le vocabulaire des failles applicatives et des maliciels est détaillé dans notre guide des catégories d’attaques informatiques.
Du correctif à l’attaque : pourquoi chaque jour de retard compte
Une faille suit presque toujours le même parcours. Le temps qui sépare la publication du correctif de son installation chez vous forme la fenêtre d’exposition : c’est elle que visent les attaquants.
- Un chercheur, l’éditeur ou un attaquant repère une erreur dans le code.
- L’éditeur publie un correctif, souvent avec une note qui décrit le problème réglé.
- Le CERT-FR, l’équipe de réponse aux incidents de l’ANSSI, publie des avis de sécurité, qu’il définit comme des documents faisant état de vulnérabilités et des moyens de s’en prémunir.
- Des attaquants comparent l’ancienne et la nouvelle version pour retrouver le défaut.
- Ils visent alors, en masse, les appareils restés sur l’ancienne version.
Le paradoxe est là : le correctif protège ceux qui l’installent et renseigne ceux qui attaquent. Le guide d’hygiène informatique de l’ANSSI, publié en 2017, observe que des outils malveillants exploitant ces vulnérabilités peuvent se diffuser rapidement sur Internet, et demande aux organisations d’appliquer les correctifs de sécurité dans le mois qui suit leur publication par l’éditeur. Chez vous, l’effort se résume le plus souvent à accepter un redémarrage.
La faille zero day, expliquée simplement
Une faille zero day est exploitée avant que l’éditeur ne dispose d’un correctif, parfois avant même qu’il en connaisse l’existence : le fabricant a eu zéro jour pour réagir. Imaginez une serrure dont le défaut circule chez les cambrioleurs alors que le serrurier n’a encore aucune pièce de rechange.
Tant que le correctif n’existe pas, la mise à jour ne peut rien. Dès qu’il sort, la faille devient publique et le retard d’installation redevient le vrai risque. Une faille non corrigée figure d’ailleurs parmi les points d’entrée à vérifier en premier après une attaque par rançongiciel.

Système, navigateur, applications, box : l’inventaire à tenir
Cybermalveillance.gouv.fr conseille d’identifier vos appareils, matériels et logiciels afin de les mettre à jour : un seul équipement en retard et exposé à une faille suffit à ouvrir une brèche.
- Le système (Windows, macOS, Android, iOS) porte les correctifs les plus profonds et réclame souvent un redémarrage.
- Le navigateur se met à jour, d’après l’aide Google Chrome, généralement en arrière-plan quand vous le fermez puis le rouvrez : jamais fermé, il garde l’ancienne version. Dans Chrome, le menu Plus, Aide, À propos de Google Chrome affiche « Relancer » si une version attend.
- Les applications suivent leur boutique ; selon l’aide Google Play, Google peut forcer la mise à jour d’une application qui corrige une faille importante, quels que soient vos réglages.
- La box internet, dont le micrologiciel (firmware) est le plus souvent mis à jour à distance par le fournisseur d’accès ; un routeur acheté à part se gère depuis son interface d’administration.
- Les objets connectés : caméra, enceinte, thermostat, imprimante, téléviseur. Cybermalveillance.gouv.fr cite un casino américain dont des données confidentielles ont été dérobées via le thermomètre connecté d’un aquarium.
Activer les mises à jour automatiques, appareil par appareil
Le réglage le plus rentable se fait une fois pour toutes : laisser chaque appareil installer seul ses mises à jour, comme le recommande Cybermalveillance.gouv.fr. Les intitulés ci-dessous, relevés sur les pages d’assistance officielles en octobre 2026, varient parfois selon la version.
Windows 11
D’après Microsoft, Windows 11 télécharge et installe automatiquement ses mises à jour. Pour contrôler, ouvrez Démarrer, Paramètres, puis Windows Update. Trois réglages évitent les mauvaises surprises :
- « Heures d’activité », pour que le redémarrage automatique tombe quand vous n’utilisez pas l’ordinateur ;
- « Planifier le redémarrage », pour choisir l’heure vous-même ;
- « Suspendre les mises à jour », à réserver aux pauses courtes, quand une mise à jour pose un problème connu.
macOS
Dans le menu Apple, choisissez Réglages Système, puis Général et Mise à jour logicielle. Le bouton « Rechercher les mises à jour » relance la vérification. Selon Apple, ces réglages décident si le Mac télécharge ou installe seul ses mises à jour : choisissez l’installation automatique pour garder un logiciel à jour sans y penser.

Android
L’aide Android de Google indique que la plupart des mises à jour du système et des correctifs de sécurité s’installent automatiquement. Pour vérifier, ouvrez Paramètres, Système, puis Mises à jour logicielles, en Wi-Fi et avec une batterie rechargée à au moins 75 %, comme le conseille Google. Sur un smartphone Samsung ou d’une autre marque, les intitulés diffèrent un peu et le calendrier varie selon l’appareil, le fabricant et l’opérateur mobile.
Côté applications, le Play Store propose, dans Paramètres puis Préférences réseau, le choix « Mettre à jour automatiquement les applications ».
iPhone
Ouvrez Réglages, Général, Mise à jour logicielle, puis Mises à jour automatiques. Avec l’installation automatique activée, l’iPhone télécharge et installe la mise à jour pendant la nuit, s’il est branché et connecté au Wi-Fi ; une notification vous en informe avant l’installation.
Fin de support : l’appareil fonctionne mais ne se défend plus
La fin de support d’un système signifie que l’éditeur cesse d’en publier les correctifs. Rien ne s’éteint : l’ordinateur démarre, les fichiers s’ouvrent, et c’est précisément ce qui trompe. Le guide d’hygiène de l’ANSSI le dit sans détour : les systèmes deviennent vulnérables dès lors que les correctifs ne sont plus proposés.
Exemple : Microsoft indique que Windows 10 a atteint la fin du support le 14 octobre 2025. L’assistance technique et les mises à jour de sécurité ne sont plus fournies, alors que le logiciel continue de fonctionner. Son programme de mises à jour de sécurité étendues pour les particuliers, dit ESU, couvre l’appareil jusqu’au 12 octobre 2027, selon la page consultée en octobre 2026.
Deux pièges guettent les autres appareils :
- sur Mac, Apple précise que Mise à jour de logiciels ne montre que les logiciels compatibles avec votre modèle : « à jour » veut dire « à jour pour ce Mac », ce qui ne dit rien des correctifs que cette version reçoit encore ;
- sur Android, l’aide Google rappelle que les appareils anciens ne sont pas toujours compatibles avec les nouvelles versions, et que la dernière mise à jour de sécurité suppose la version d’Android la plus récente.
Pour un appareil sorti du suivi, trois options : passer à une version prise en charge si le matériel l’accepte, le remplacer, ou le cantonner à des usages hors ligne, sans compte en ligne ni saisie de mot de passe.
Ce que le code de la consommation impose au vendeur
Le droit s’en mêle aussi. L’article L217-19 du code de la consommation, consulté sur Légifrance, impose au vendeur d’un bien comportant des éléments numériques de veiller à ce que le consommateur soit informé des mises à jour nécessaires au maintien de sa conformité, et qu’il les reçoive. La durée varie : une période à laquelle le consommateur peut légitimement s’attendre, deux ans à compter de la délivrance quand un service numérique est fourni en continu, ou toute la durée de cette fourniture au-delà de deux ans.
Le revers figure au II du même article : si vous n’installez pas une mise à jour dans un délai raisonnable, le vendeur ne répond plus du défaut qui en résulte, à condition de vous avoir informé de sa disponibilité et des conséquences de sa non-installation.

Avant et après la mise à jour : les gestes qui évitent les ennuis
Une mise à jour majeure se prépare ; les petits correctifs, eux, passent le plus souvent sans effort de votre part.
- Sauvegardez vos données avant une version majeure (iCloud ou ordinateur pour un iPhone), comme le recommandent Apple et Cybermalveillance.gouv.fr, pour pouvoir revenir en arrière.
- Branchez l’appareil et passez en Wi-Fi.
- Choisissez un moment creux, une pause ou la nuit, comme le conseille Cybermalveillance.gouv.fr, car certaines installations prennent du temps.
- Redémarrez quand l’appareil le demande : sur les téléphones Pixel, d’après Google, les mises à jour installées ne deviennent actives qu’au redémarrage.
- Téléchargez uniquement depuis les sites officiels des éditeurs ou la boutique d’applications du système.
Fausses mises à jour : la fenêtre qui s’invite pendant la navigation
Cybermalveillance.gouv.fr décrit des messages qui prennent l’apparence d’une invitation à mettre à jour, sous forme de fausses publicités ou de fenêtres malveillantes, et qui servent en réalité à faire installer un virus. Le piège joue sur votre sérieux : plus vous tenez à un système à jour, plus le message paraît légitime.
La règle tient en une phrase : les mises à jour du système et du navigateur passent par leurs propres réglages, pas par une page web qui vous presse de cliquer. Fermez l’onglet, ouvrez vous-même Windows Update, Réglages ou le menu À propos du navigateur. Ce type de piège figure parmi les nouvelles menaces en ligne qui misent sur la confiance plus que sur la technique.
Les mises à jour ne remplacent ni les sauvegardes ni la double authentification, mais elles ferment des portes que les attaquants connaissent déjà ; leur place parmi les autres couches de défense est décrite dans notre article sur comment fonctionne la cybersécurité. Prochaine étape : ce soir, branchez téléphone et ordinateur, ouvrez leurs réglages de mise à jour et vérifiez que l’installation automatique est activée partout.